souscription

devenez mécène d’une restauration/création artistique

A partir d’une œuvre de Pablo Picasso, Baigneuse assise au bord de la mer*, Pierre Alcalá a créé une installation onirique dont une statue est le cœur. Malheureusement, cette étude en plâtre n’a pas supporté les différents transports et s’est brisée en plusieurs endroits.

Suite au décès de Pierre, le 18 mai dernier, et en hommage à ce remarquable travail, son fils Serge espère redonner vie et relief à l’œuvre par une restauration/création complète : scanner l’étude en 3D pour commencer un travail de sculpture qui sera confié à un jeune artiste des Beaux-Arts afin de créer le moule original et un tirage en bronze, dans les règles de l’art.
Aidez-nous à financer le projet !

*Baigneuse assise au bord de la mer
(Paris, vers 1930) – PICASSO Pablo Ruiz
Huile sur toile – 163/ 129
Crédit : Mrs. Simon Guggenheim Fund – The Museum of Modern Art – New-York # 82.1950 –
© Estate of Pablo Picasso / Artists Rights Society (ARS), New York

modalités

Le chiffrage des différentes phases du projet est en cours (sélection d’un jeune artiste, définition d’un cahier des charges (faisabilité, taile, choix des matériaux, techniques utilisées, coût de la matière première, nombre de pièces…), conception, modélisation, réalisation du prototype, moule, fonderie des originaux, scan 3D définitif, tirage des exemplaires en modèle réduit pour offrir aux donateurs.

En contrepartie du don, nous nous engageons à offrir,
selon les montants versés :
– une reproduction des études sur papier d’art
– des cartes postales de l’installation,
– des invitations VIP à l’exposition finale en galerie
– un accès au making off du projet en temps réel – blog
– un tiré à part du projet complet avec votre nom parmi la liste des mécènes
– un ouvrage “Ce qu’on ne voit pas” actuellement en phase de souscription pour une édition Beaux-Arts.
– un modèle réduit de la statue 3D
– un tirage d’orfèvre à partir de la prise de vue d’une des 10 pièces de la baigneuse peinte sur verre acrylique
– la possibilité d’acquérir l’une des œuvres originales en tirage limité.

Bien évidemment, les sommes versées seront remboursées intégralement si la collecte n’est pas fructueuse.

PLUS D’INFOS : sur place ou par mail : reserver@jesuisio.com

 

extraits du journal d’un renversement (1980 – 1994)

JANVIER 1987

Tout est fait pour que l’art du peintre meure avec lui et il semble inconvenant pour un autre peintre, même par vocation, de poursuivre le même sillon. Chaque artiste devrait dire au contraire : qui m’aime me continue ! Sur les échecs et les réussites des autres, on avance à grands pas ! Picasso, j’arrive !

MAI 1987

J’ai toujours été attiré par la série des bords de mer – baigneur avec un ballon de plage (1932), figures au bord de la mer (1931). Cette période respire la liberté, le bonheur de vivre. Mais cette baigneuse assise (Olga) m’hypnotise littéralement. Je la vois comme une sirène dont le doux chant me susurre : trouve, trouve, trouve…

Je la regarde intensément. Hiératique, son corps à fière allure. J’entreprends son étude plastique en la décomposant élément par élément. J’en dénombre dix, superposés dans un équilibre insolent et s’effleurant à peine. Picasso savait ce qu’il faisait en peignant ce “top model”. De chaque sujet qu’il traitait (les Ménines, le minotaure, le déjeuner sur l’herbe) tout devait lui être révélé. C’est avec l’avidité de découverte qui fut la sienne, que ce projet doit être mené. Trouve, trouve, trouve… me murmure la baigneuse.

Soudain je vois ! André Breton suggère de fabriquer “certains de ces objets qu’on n’aperçoit qu’en rêve”, et “dont le sort paraît infiniment problématique et troublant”. Je vais la sculpter ! La décomposer, la déstructurer, la sortir de sa perspective frontale. N’est-ce pas cela à quoi m’invite le cubisme ? J’étudie avec minutie cette possibilité sculpturale. Ce n’est pas rien de transformer une image plate en forme volumique ! Atteindre la perspective corporelle la plus juste et esthétique possible peut s’avérer un casse-tête ; mais j’ai passé ma vie professionnelle de dessinateur- projeteur à concevoir des machines dans l’espace.

Je projette donc tous les points du contour du modèle, je détermine leur profondeur selon la perspective théorique de chaque plan en élévation au 1/25e par rapport à l’original ; je donne à l’ensemble un début de corpulence.

Tout s’emboîte ! évidemment. Je découvre la parfaite maîtrise du peintre des demoiselles d’Avignon. à l’époque de cette baigneuse Picasso revient à la sculpture. El maestro savait vraiment ce qu’il faisait ! (j’admire particulièrement ces extraordinaires mandibules que l’on retrouve dans ses dessins et dans “la crucifixion”).

Heureux, je deviens sculpteur. J’en oublie les luttes incessantes pour pallier le poids de la glaise qui modifie mes marques en permanence, surtout dans les lignes de fuite arrière, encore imparfaites, car la petitesse de certaines parties m’interdit de leur fabriquer une structure interne. Mais la voilà enfin, belle à l’embrasser ! Belle car elle me permet de capter les vibrations de Picasso !

JUIN 1987

Une fois la baigneuse “statufiée”, je tourne autour d’elle comme sa forme m’y invite. Quelque chose m’échappe encore. Mon regard englobe trop de choses à la fois. Alors – c’est un réflexe courant chez moi – je visite l’œuvre avec l’œil objectif d’un appareil photo. Est-ce encore le hasard ? Le laboratoire réalise deux tirages identiques !
Je ne les jette pas, je joue avec. Dès que j’accole les images entre elles, dès que j’en détaille les combinaisons en miroir, par duplication, je comprends la métamorphose possible. Le dessin prend le relais, je vois jaillir des masques de théâtre japonais, un oiseaucrabe, la reine hippopotamus, le roi bélier et bien d’autres lurons farceurs. Bien sûr, en hommage au maestro, j’en fais un conte pour la paix où la belle endormie s’adonne au jeu des métamorphoses et sent ses membres la quitter, s’imbriquer, s’emboîter savamment pour devenir cette armée de crabes mutants…

Pour éviter qu’elle ne se disloque totalement dans la réalité, je scelle la Bañadora et chacun de ses “morceaux” dans le marbre de l’éternité dans une installation composition/décomposition méthodique du top model.

SEPTEMBRE 1987

Ce que nous apprend le cubisme c’est qu’une toile est un “espace” capable de capturer de la “durée” (courte, longue, saccadée, hachée de soupirs…) que nos yeux redéploient dans le temps. Voir un tableau, ce n’est donc pas détailler de l’espace, c’est dérouler de l’espace-temps.

NOVEMBRE 1987

Enfin libre, la Bañadora s’est laissé aller au sommeil. Elle rêve qu’elle rêve d’Elle lascivement couchée dans son lit ; et dans le dédoublement où elle se prélasse se tressent les mirages. Suis-je “Elle” rêvant qu’elle est Moi ? ou seulement son rêve éveillé se mirant dans la transparence des insomnies ?

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